Entre conte mystique et témoignage, Reza Ghassemi brouille les
pistes.
Traduit du persan, Harmonie nocturne possède le charme baroque des
romans d'exilés au croisement des cultures et des langages. L'action se
déroule au sixième étage d'un vieil immeuble parisien, peuplé
d'expatriés condamnés à vivre « sur la phase orientale du globe à
l'heure de la phase occidentale ». La vie de cette petite planète coupée
du reste du monde va être bouleversée par les crises de folie
paranoïaque de Prophète, l'un des locataires.
Le narrateur est un exilé iranien, peintre, écrivain et musicien, dont
on ne connaîtra jamais le nom. Il ne peut plus voir son reflet dans le
miroir depuis l'âge de 14 ans, et souffre d'un « défaut de continuité »
qui l'empêche de se rappeler le début ou la fin d'une discussion,
l'obligeant à vivre dans l'instant présent au gré des vagabondages de sa
pensée. Il raconte son histoire comme il vit sa vie, en mélangeant les
intrigues et les époques.
Avare de solitude, il a fui l'Iran, le regard des autres et la pression
de la société. Mais, OEdipe malheureux, il est rattrapé par son destin,
retrouvant, dans ce monde oriental recomposé, ce à quoi il avait voulu
échapper. Pour se soustraire à cette malédiction, il doit réécrire son
livre, Harmonie nocturne, dans lequel il racontait... les déboires d'une
communauté d'exilés réunis dans les chambres de bonne d'un vieil
immeuble parisien.
Dans ce livre, à la fois conte mystique surnaturel et chronique sociale
de la vie d'expatriés en quête d'identité, Reza Ghassemi s'amuse à
brouiller les pistes entre fiction et réalité. Le « je » narratif
entretient l'ambiguïté, le protagoniste de l'histoire ressemblant
étrangement à l'auteur, lui-même exilé en France depuis 1986, musicien,
écrivain et metteur en scène.
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